Entre voyages, dons directs et droit à l'éducation : les « Corrieri Solidali » témoignent d'une forme de durabilité qui ne concerne pas seulement l'environnement, mais aussi la dignité même des personnes.
La durabilité est devenue un mot lisse, poli, presque immaculé.
Un mot un peu trop facile.
On le retrouve partout : dans les bilans d'entreprise, sur les emballages verts, dans les campagnes publicitaires construites autour de l'idée rassurante d'un avenir plus propre.
C'est un langage qui console, qui met de l'ordre dans le monde, qui transforme la complexité en un symbole facilement reconnaissable. Un mythe contemporain, aurait écrit Roland Barthes.
Et pourtant, il existe une forme de durabilité plus fragile, plus difficile à décrire.
Une durabilité qui ne se mesure pas à la réduction des émissions ou à la récupération des matériaux, mais à la capacité d’une communauté à ne pas laisser ses membres se disperser.
Le fossé que nous ne voyons pas
Car il existe aussi une forme de rejet humain.
Silencieuse. Invisible. Quotidienne.
C'est le moment où un enfant cesse d'étudier.
Quand une école se retrouve dépourvue de matériel.
Quand le droit à l'éducation devient un privilège géographique plutôt qu'une possibilité universelle.
Et c'est là que la solidarité cesse d'être simplement de la charité pour prendre un sens plus profond : elle devient une forme de prise en charge collective.
La régénération est un acte culturel
La société contemporaine produit des déchets à une vitesse impressionnante : objets, informations, relations, personnes. La régénération devient alors un geste qui va presque à contre-courant. Une prise de position culturelle, avant même d'être environnementale.
La pauvreté éducative est une forme d'érosion lente. Elle ne fait pas de bruit. Elle ne fait pas la une des journaux. Et pourtant, elle ronge l'avenir avec une radicalité encore plus profonde que celle de nombreuses urgences visibles.
En ce sens, la solidarité devient la forme la plus élevée de durabilité humaine : une action concrète capable d’empêcher que des vies entières soient privées de la possibilité d’imaginer leur propre avenir.
Choisir de ne pas rester spectateurs
Lorsqu’une entreprise choisit de soutenir une école en Tanzanie ou au Sri Lanka, elle ne se contente pas simplement de « faire une bonne action ». Elle lutte contre le gaspillage du potentiel humain. Elle affirme ainsi que même une vie lointaine, inconnue, apparemment marginale, possède une valeur qui mérite d’être préservée.
Et c'est peut-être précisément là que la notion même de durabilité prend un tout autre sens.
Il ne suffit pas de recycler les matériaux si nous continuons à disperser les gens. Il ne suffit pas de réduire le gaspillage si les distances entre les êtres humains s'accroissent. Il ne suffit pas de parler d'avenir si des millions d'enfants ne disposent pas des moyens minimaux pour l'imaginer.
La véritable économie circulaire
La véritable économie circulaire pourrait donc ressembler à ceci :
Un « Corriere Solidale » qui parcourt le monde non seulement pour livrer du matériel, mais aussi pour tisser des liens. Un donateur qui choisit de ne pas rester simple spectateur. Une entreprise qui décide de s’engager de manière responsable.
Des gestes différents, mais qui relèvent de la même morale : rien ne devrait être considéré comme définitivement bon à jeter. Ni les objets. Ni les personnes.
La solidarité cesse alors d'être un geste exceptionnel, ponctuel, lointain. Elle devient une responsabilité collective. Une forme de sollicitude permanente. Une volonté obstinée et profondément humaine d'empêcher que quiconque ne soit laissé en marge du monde.
Que vous soyez un particulier ou une entreprise, il y a un moyen de vous impliquer dans cette cause. Aucun don n’est trop modeste. Aucun geste n’est trop simple.
